Théo Cazaubon, extrusion 2

Théo Cazaubon par Leïla Simon

Écrire sur des artistes est le quotidien d’une critique d’art. Suivre régulièrement ces mêmes artistes est donc intrinsèque à sa démarche. Mais qu’en est-il d’écrire sur des travaux en cours et encore plus de rendre publics ces écrits ? Comment parler de formes, de projets non figés, qui ont peut-être déjà évolué d’une toute autre manière entre l’échange avec l’artiste, les réflexions de la critique d’art puis l’écriture. Exercice délicat mais néanmoins stimulant.
Ce qui suivra doit être lu comme un regard posé à un moment donné, mais ce regard n’est en aucun cas figé, il évoluera tout comme le projet de l’artiste. Peut-être à un rythme différent ; peut-être en contredisant ou juste en revenant sur ce qui a été écrit ; peut-être en prenant des chemins de traverse très différents de ceux imaginés au départ… Il s’agit plus ici de vous proposer un cheminement de pensées. On pourrait donc apparenter ces notes aux épisodes d’une série où l’on va de rebondissement en rebondissement et où des questions planent jusqu’à être (peut-être) élucidées. Tout est possible, rien n’est figé.

Théo Cazaubon, extrusion 1

Théo Cazaubon, extrusion 1

Prendre son temps, affiner les gestes et leurs méthodes de réalisation, voici la description que l’on pourrait faire de la méthode de travail de Théo Cazaubon. Ce qu’il ne faut pas oublier dans cette histoire c’est que Théo Cazaubon a une formation et un regard (parmi bien d’autres) de designer. Notre appréhension doit en tenir compte tout en s’en échappant.
Lorsque j’ai vu les éléments réalisés par Théo Cazaubon j’ai tout d’abord pensé aux châteaux d’eau pris en photo par Bernd et Hilla Becher. Présentés ainsi (à la verticale les uns à côté des autres) ils me faisaient penser, c’est vrai, à des typologies. Mais ce rapprochement ne peut être que formel car chez Théo Cazaubon il ne s’agit pas d’évoquer la fragilité du passé industriel. Et lorsqu’il se soucie de mettre en place un procédé (en fabriquant des machines) il ne cesse de le perturber en laissant assez de place à la main pour contrarier la production à l’identique.
Ces éléments peuvent être vus comme des contenants. Or Théo Cazaubon ne souhaite pas forcément y déposer des choses à l’intérieur. Il perturbe même leur forme au point que ceci soit délicat. Je n’ai tout de même pas pu m’empêcher de penser à comment je pourrai les utiliser. Est-ce justement ce que recherche le designer ? Le fait que l’on se questionne, que l’on regarde puis regarde de nouveau cet élément pour mieux le comprendre ou même pour renouveler notre appréhension des choses ?
L’histoire du contenant en céramique existe depuis ses débuts. Il est toujours question de creux et d’y travailler autour. Or Théo Cazaubon tourne autour du creux depuis déjà un moment. Il a tout d’abord travaillé en Chine avec une petite extrudeuse. Il réalisait ainsi de fins colombins dont il détournait les lignes, venait contrarier les formes. De retour à Limoges il a utilisé une extrudeuse de plus grande taille. C’est ainsi que les gestes qu’il apposait à ces tubes les imprégnaient de creux à l’extérieur ou venaient fermer en partie l’espace interne. Ces éléments étaient toujours présentés à l’horizontale. Qu’est-ce qui a donc amené Théo Cazaubon à passer à la verticale, aux éléments évoqués en premier lieu ? L’idée de travailler le contenant ? De le contrarier ? D’aller plus loin dans les possibilités de créations de creux ?

Suite au prochain épisode…

Leïla Simon, le 5 juin 2018

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