Mylène Garcin, post-diplôme 2017-2018. Pose des éléments en porcelaine plastique. Chaque poil est modelé puis appliqué un à un pour provoquer l’effet de mouvement de la fourrure

Mylène Garcin par Leïla Simon

Écrire sur des artistes est le quotidien d’une critique d’art. Suivre régulièrement ces mêmes artistes est donc intrinsèque à sa démarche. Mais qu’en est-il d’écrire sur des travaux en cours et encore plus de rendre publics ces écrits ? Comment parler de formes, de projets non figés, qui ont peut-être déjà évolué d’une toute autre manière entre l’échange avec l’artiste, les réflexions de la critique d’art puis l’écriture. Exercice délicat mais néanmoins stimulant.
Ce qui suivra doit être lu comme un regard posé à un moment donné, mais ce regard n’est en aucun cas figé, il évoluera tout comme le projet de l’artiste. Peut-être à un rythme différent ; peut-être en contredisant ou juste en revenant sur ce qui a été écrit ; peut-être en prenant des chemins de traverse très différents de ceux imaginés au départ… Il s’agit plus ici de vous proposer un cheminement de pensées. On pourrait donc apparenter ces notes aux épisodes d’une série où l’on va de rebondissement en rebondissement et où des questions planent jusqu’à être (peut-être) élucidées. Tout est possible, rien n’est figé.

Des photos réalisées en Chine pour capter une atmosphère. Et si ceci appartenait aux souvenirs et qu’artistiquement l’on finissait par en retenir que certains éléments qui s’en dégagent.
Mylène Garcin a pris un grand nombre de photos d’étals de boucheries et poissonneries chinoises. L’atmosphère, les dispositions lui rappelaient celles des natures mortes occidentales. L’idée lui vint d’en réaliser des installations. Mais comment en faire sans entrer dans les problématiques liées au diorama ? Et si la richesse artistique de ces photos venait des lignes et des couleurs qui structurent chaque image. Dans ce cas-là, est-ce qu’une installation serait le meilleur moyen d’en rendre compte car le regardeur risque de la contourner, bref de bouger. Sauf si bien entendu l’artiste souhaite imposer au regardeur l’endroit d’où il pourra appréhender l’oeuvre.
Mylène Garcin s’est petit à petit tournée vers la risographie. Technique intéressante car elle viendra mettre en exergue des éléments qui sont à mon sens forts pertinents.
Se pose ensuite la façon de les présenter. Dans une boîte. Soit. Mais encore ? Est-ce que certaines photos seront accrochées au mur alors que d’autres resteront dans la boîte ? Comment pourrons nous voir ces dernières, si l’artiste souhaite qu’on les voie toutes en une même occasion ? Devrons nous prendre des gants ? Y aura-t-il des boîtes dans la boîte ? En connaissant le travail de Mylène Garcin on pressent un goût pour le cabinet de curiosité, mais attention si tel était le cas il serait sûrement évoqué avec de (légers) décalages tout comme ses oeuvres antérieures qui viennent perturber nos habitudes.
Cette confrontation de sentiments, entre douceur et malaise, se retrouve dans son travail de drapés. Des drapés, plus précisément ceux des capes de fourrure qui dégoulinent sur les épaules, qui semblent si lourdes et pourtant si majestueuses. Mylène Garcin recrée en céramique ces mouvements qu’elle vient figer dans la matière. D’apparence plus fragiles, ils semblent ici moins lourds, moins étouffants, tout en étant prêts à s’emparer du moindre bout d’espace. Ils peuvent venir courir sur une surface plane comme sur celle de murs, voire même des rebords et des angles. Leurs sinuosités leur permettent de se glisser n’importe où, de combler les moindres recoins. Tout comme une cape de fourrure vient occulter un corps, annihiler celui qui la porte pour ne lui laisser que ce qu’il symbolise, l’espace – la surface est ici envahi. Le sentiment de grignotage, d’envahissement se ressent d’autant plus que les poils de fourrure sont représentés par de fins colombins mais se terminant en pointe. Formes mouvantes venant croquer la surface… La cuisson viendra révéler un émaillage qui nous donnera la touche finale accentuée ensuite par leur disposition dans l’espace.
Les animaux sauvages ont toujours intéressé Mylène Garcin. Ici il s’agit des renardeaux. De renardeaux en train de jouer. Les postures retenues serviront à réaliser des pots à terrine. Qui dit terrine dit nourriture ? Pourrons-nous y cuisiner dedans ? Et si oui que contiendront-ils ? Une terrine composée de renard ? De la nourriture qu’ils mangent ? De mets entièrement végétariens ? Non seulement on pourra sûrement y cuisiner quelque chose mais également manger directement dedans vu que par leurs dimensions on devrait pouvoir les tenir dans une main. Tenir dans le creux d’une main un renardeau en train de jouer n’est-ce pas digne d’un rêve d’enfant ? Mais en même temps si l’on y mange ce qui s’y trouve à l’intérieur n’est-ce pas comme si on mangeait notre doudou adoré ? On retrouve bien ici toute l’ambigüité chère à Mylène Garcin.
Suite au prochain épisode…

Leïla Simon, 4 juin 2018

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