Isidore Isou / traité de base et d'éternité

Relire Isidore Isou

Les 17 et 18 octobre 2016

Isidore Isou (1925-2007) reste célèbre dans l’histoire de l’art de la seconde moitié du XXe siècle pour être le fondateur du lettrisme, mouvement parfois considéré, historiquement, comme le dernier mouvement d’avant-garde. Célébrité toute relative, cela dit, et qui souvent se limite à la seule connaissance de son nom, ou de quelques-unes de ses inventions, comme la poésie de lettres (de lettres, et non de mots), l’hypergraphie, le cinéma ciselant ou le cinéma discrépant. Fréquemment éclipsée par celles qu’elle a influencé – celles par exemple de Raymond Hains, Jacques Villeglé, Gil Wolman ou Guy Debord – l’œuvre d’Isidore Isou est longtemps restée souterraine à vrai dire, underground. Les présentes journées d’étude entendent s’inscrire dans un mouvement général de redécouverte, entamé depuis quelques années avec une série d’ouvrages publiés au Presses du réel (dont celui de Bernard Girard, Lettrisme, l’ultime avant-garde, 2010, ou celui de Fabrice Flahutez, Le lettrisme historique était une avant-garde, 2011), l’organisation d’un colloque sur Le lettrisme et son temps au centre allemand d’histoire de l’art, à Paris, en 2015, en attendant une exposition prévue en 2018 au centre Pompidou. Elles entendent adopter pour ce faire une triple perspective. En s’attachant, d’abord, à s’extraire, méthodologiquement, de l’héritage lettriste, tel qu’il continue d’exister, entretenu par les disciples d’Isou, sous une forme volontiers hagiographique, c’est-à-dire aussi comme une doxa. En se focalisant, ensuite, sur l’œuvre d’Isou lui-même, et non sur l’histoire du mouvement dont il fut le fondateur, dans l’idée qu’elle le dépasse, peut-être, ou du moins qu’elle ne s’y superpose pas exactement. En s’interrogeant, enfin, sur le sens qu’il y a aujourd’hui à revenir là-dessus à nouveaux frais, dans le contexte de la création contemporaine.

Communication : ABSTRACTS et BIOGRAPHIES

  • Cristina DE SIMONE

Le lettrisme d’Isidore Isou : stratégies d’une poétique de l’oralité
De l’ouvrage théorique et programmatique Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique (1947) au film expérimental Traité de bave et d’éternité (1951), il s’agira de parcourir quelques étapes de la recherche d’Isidore Isou dans l’après-guerre du point de vue de la question de la poésie-performance.
Note biographique
Docteure en Études théâtrales de l’Université Paris Ouest-Nanterre, Cristina De Simone est l’auteure d’une thèse qui retrace une histoire de la poésie-performance à Paris, de l’après-guerre à Mai 68 (« Proféractions ! Poésie en action à Paris, 1946-1969 »).
Dramaturge au Théâtre de l’Échangeur, elle prépare avec Régis Hebette une manifestation autour des paroles lettristes et situationnistes dont une première étape aura lieu en mars 2017.

  • Philippe BLANCHON

Approche d’Isidore Isou, seul, à travers l’hypergraphie
Isou propose, en 1950, l’hypergraphie comme l’alternative aux arts figuratifs et abstraits, et à l’art romanesque traditionnel, notamment. Par une approche critique et pas seulement « académique » (descriptive), les motivations et les justifications théoriques sont interrogées. Quelles en sont les conséquences sur les créations d’Isou, dans son rapport au récit, à la peinture, à l’écriture… Prenant en compte le contexte historique, il s’agit d’aborder, seule, son œuvre, son idiosyncrasie, comme tout créateur est en droit de l’attendre.
Note biographique
Philippe Blanchon, né en novembre 1967, est l’auteur d’un cycle poétique, Motets, paru à La Nerthe en 2015 (Cf. NRF n°618, mars 2016). Certains livres de l’ensemble ont été édités, depuis 2005, chez différents éditeurs, comme les éditions Comp’Act. Il est aussi l’auteur d’essais, sur Joyce et Van Gogh, et de différentes traductions, notamment de Joyce, Aiken, Faulkner ou de Cummings. Son dernier recueil, Suites peintes de Martin, est paru en 2015 à La Lettre Volée.

Isidore Isou et l’Esthétique Imaginaire : regards sur des œuvres infinitésimales et supertemporelles
Dans plusieurs de ses essais sur l’art infinitésimal, super-temporel notamment, Isou écrivait que les concepts qu’il forgeait pour définir sa création, ses effets, son devenir servirait à nommer l’art du futur proche. Bien qu’il n’en fut rien, force est de constater que son art préfigure (et bien plus encore) les tendances conceptuelles. On tentera d’établir ainsi via les œuvres (d’Isidore Isou, Yves Klein, Henri Flynt, Joseph Kosuth, Art & Language entre autres) des connexions entre l’Esthétique Imaginaire d’Isou et celle des tendances conceptuelles et qu’on pourrait nommer « esthétique de l’intelligible ».
Note biographique
Docteure en esthétique et sciences de l’art, Université Paris 8. Membre associé du Laboratoire du Geste dirigé par Mélanie Perrier et Barbara Formis. Corinne Melin mène une approche historique sur l’art participatif depuis les années 1950 au niveau international, et interroge le reenactment dans les pratiques artistiques contemporaines et leur extension dans le champ du numérique. Elle a dirigé échappées, revue d’art et de design de l’ÉSA des Pyrénées – Pau-Tarbes et l’ouvrage Allan Kaprow, une traversée (2014). Corinne Melin a publié des articles dans de nombreux ouvrages collectifs. Elle prépare un essai sur les arts contemporains et le numérique en tant que matière à façonner l’imaginaire.

  • Fabrice FLAHUTEZ

Le lettrisme et sa bibliothèque idéale : mise en perspective
À partir de la présentation de la bibliothèque d’Isidore Isou nous tenterons de tisser des perspectives lettristes. Comment se forge le concept de la kladologie ? Comment Isou travaille-t-il les lettres comme des signes informatiques et pourquoi ? L’inventaire de la bibliothèque personnelle d’Isou désormais conservée au Musée national d’art moderne révèle de nombreuses pistes pour approcher et comprendre le développement des théories lettristes. À partir de quelques exemples, on verra qu’ il permet de raccrocher le lettrisme à son époque et de le mesurer aux théories de son temps.
Note biographique
Fabrice Flahutez est historien de l’art, cinéaste, éditeur, commissaire d’exposition. Il enseigne à l’université de Paris Ouest Nanterre. Il est l’auteur d’une histoire du lettrisme intitulée Le Lettrisme historique était une avant-garde 1945-1953 (Les presses du réel, 2011) et avec Camille Morando de Isidore Isou’s Library. A Certain Look on Lettrism (Artvenir, 2014). Avec Fabien Danesi et Emmanuel Guy il a publié La Fabrique du cinéma de Guy Debord (Actes-Sud, 2013) et Undercover Guy Debord (Artvenir, 2013). Il est par ailleurs spécialiste du surréalisme et des groupes d’artistes après 1945 en Europe. Il dirige la publication de la revue 20/21 aux presses de Paris Ouest Nanterre.

  • Vanessa THEODOROPOULOU

Isidore Isou, entre nominalisme et conceptualisme
Lettrisme, art infinitesimal ou supertemporel, amplique et ciselant, lettrie, graphie, métagraphie, hypergraphie, la liste des termes inventés par Isidore Isou pour fonder son système est particulièrement longue. Cette intervention revient sur cette pratique isouïenne, afin d’en élucider les enjeux et implications.
Note biographique
Vanessa Theodoropoulou est docteure en histoire de l’art, professeure d’histoire de l’art à l’ESBA TALM (Angers) et chercheuse associée à l’HiCSA. Ses recherches portent sur le mouvement situationniste, les projets collectifs et collaboratifs, les enjeux politiques et épistémologiques de différentes pratiques artistiques contemporaines. Elle a codirigé les publications Au nom de l’art. Enquête sur le statut ambigu des appellations artistiques de 1945 à nos jours (Publications de la Sorbonne, 2013) et Le Chercheur et ses doubles (B42, 2015). Dans ce dernier, fruit d’une discussion collective entre artistes, curateurs et historiens de l’art sur leurs pratiques, sont abordées des questions épistémologiques et politiqués posées par l’institutionnalisation de la figure de l’artiste chercheur dans le contexte actuel.

Lettrisme, mystique juive et messianisme chez Isidore Isou
On se propose ici d’examiner l’hypothèse suivante : l’œuvre d’Isidore Isou, envisagée dans la pleine systématicité qu’elle revendique, c’est-à-dire sous ses aspects non seulement artistiques, mais aussi politiques, éthiques, anthropologiques et métaphysiques, procède d’une préoccupation messianique. Il s’agira alors d’étudier comment elle plonge, en cela, ses racines dans la religion juive, provenant plus spécialement d’une certaine tradition de celle : la mystique de la Kabbale, comment et pourquoi elle la repense, la réactualise dans le contexte du milieu du XXe siècle, et la mêle d’autres influences, d’autres matériaux.
Note biographique
François Coadou est philosophe, historien d’art et critique d’art, membre de l’AICA et de l’UMR STL (Lille 3, Lille 1, CNRS). Ses recherches portent sur l’histoire de la mystique et des hérésies, le hégélianisme et le marxisme, les rapports entre art et politique, et sur certaines avant-gardes historiques (dadaïsme, surréalisme, lettrisme, Cobra, Internationale lettriste, Internationale Situationniste). Il est l’auteur de deux ouvrages parus aux éditions Semiose : L’inquiétude de la matière Bruno Schulz (2007) et Le Livre des taxes (2008), ce dernier en collaboration avec Taroop & Glabel. En 2012, il a dirigé un volume collectif aux éditions de L’Harmattan, en collaboration avec Stéphanie Loncle et Olivier Maillart : La culture c’est la règle, l’art c’est l’exception. En 2015, il publie trois ouvrages : une édition des Lettres à Marcel Mariën de Guy Debord (La Nerthe), un essai de philosophie générale : Apologie de l’esprit (Editions du Carreau) et un essai sur l’œuvre de Joël Hubaut : Joël Hubaut. Un éloge de l’impureté (ENd éditions). Dans le domaine de la critique d’art, François Coadou a travaillé avec des artistes tels que Taroop & Glabel, Jan Bucquoy, André Stas, Jean Dupuy, Piero Gilardi, Philippe Durand ou Pierre Beloüin. Depuis 2015, il enseigne à l’Ecole nationale supérieure d’art de Limoges.

  • Michel GIROUD

Note biographique
Michel Giroud, peintre oral et tailleur en tout genre (paroles, mots, lettres, écritures, gestes, voix, cris, sonorités, dessins, schémas, partitions, objets, assemblages, dispositifs, vidéos, podcasts, actions interactives, conférences-action, interventions…). Historien et théoricien des avant-gardes (dada, fluxus et cie), auteur d’essais variables (Audiberti, Nougaro, Raul Hausmann, Bryen, Wolf Vostell, Filliou, Dufrêne, Artaud…), fondateur et directeur et fondateur de Kanal, journal du Tour de France (des compagnes et des compagnons des arts intermedias et transmedias, 1984-1994). Il est aussi journaliste Art press, Art vivant, Info ArTitudes, Canal, Kanal, Inter,… (membre depuis 1975 de l’Association Internationale des Critiques d’Art – AICA France), organisateur et coorganisateur de nombreuses expositions en France. Fondateur et directeur de collections (“Projectoires” 1973-1981 aux ed. Champ Libre, “L’Oeil absolu”, 1974-1977 aux ed. du Chêne, “Trajectoires”, 1977-1981 aux ed. Jean-Michel Place et “l’Ecart absolu” depuis 1999 aux presses du réel à Dijon. Entrepreneur en tout genre : fondateur de festivals (Mille voies/1000 voix, Poitiers, 1997…),de l’Université Nomade (depuis 1990), journaux éphémères et livres d’artistes (KaO, Non stop news, mille voies/1000 voix…), fondateur du Musée des Muses AMusées (MMAM), en 2000, in Alpina.

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Direction des journées d’études : François Coadou

Coordination enseignements théoriques : Geneviève Vergé Beaudou
 

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