Photo : exposition 1er rang "La conquête de l'espace"

1er rang vous présente l’exposition « La conquête de l’espace »

Construit conjointement par l’École nationale supérieure d’art de Limoges et le Centre des livres d’artistes, « Premier Rang » est un dispositif d’exposition installé depuis janvier 2018 dans l’amphithéâtre Jean-Jacques Prolongeau à l’ENSA Limoges.
Commissariat des expositions pour l’année 2019-2020 : Louis Zerathe (L.Z.) étudiant en 5ème année art.

Partenaires institutionnels du projet : DRAC Nouvelle-Aquitaine ; Région Nouvelle-Aquitaine.

 

LA CONQUÊTE DE L’ESPACE

¬ 14 février – 13 mars 2020

John Baldessari, Erick Beltran, Philippe Cazal, Claude Closky, Jean Degottex, Peter Downsbrough, Robert Filliou, Paul-Armand Gette, Guerilla Girls, David Horvitz, Joël Hubaut, Simon Johnston, Claude Rutault, Ben Vautie.

Unsigned, de Simon Johnston est un livre composé d’une quarantaine de  pages. Celles de droites présentent des photographies en noir et blanc de panneaux publicitaires vides, dans l’attente. Les pages de gauche présentent des cartouches de légendes  vides, dans l’attente. La communication a failli et ces espaces habituellement vecteurs d’informations perdent ce qui les caractérise pour devenir des formes comme privées de leur fond. Cet effacement de l’information vient ouvrir cette exposition et  introduire les différentes affiches qui s’y trouvent. En effet, la lecture du livre de Simon Johnston permet d’imaginer un espace public à reconquérir, entièrement libéré et cédant ainsi la place aux affiches présentes dans les vitrines qu’il précède.

Nous pourrions évoquer, en parlant d’affiches, la publicité. Nous choisirons de parler plutôt de publication. Ces deux termes se répondent, tout d’abord dans leur homonymie partielle, avec la présence du mot « public » compris dans l’une et l’autre. Les suffixes, « ité » et « ation », venant différencier ces deux termes : « ation » est un suffixe qui vient dévoiler l’idée d’une fin, et « ité » est un suffixe de fonction, il propose l’idée d’un moyen.

C’est ce qui fait toute la différence entre ces affiches et celles publicitaires ou informatives que l’on croise quotidiennement : elles ne sont pas utilisées & par les artistes comme des moyens de transmettre une information qui leur serait extérieure, elles sont chacune une fin en soi. Leur mode d’apparition fait partie intégrante de l’œuvre et elles ne délivrent pas un savoir, elles ne transmettent rien d’extérieur à elles-mêmes.

Si l’on prend la peinture-suicide n°4 de Claude Rutault, issue d’une série réalisée par l’artiste en 1987, on voit l’utilisation de l’affiche comme moyen d’existence de l’œuvre : « ce texte constitue la forme définitive ». Il ne nous est pas transmis quelque chose d’autre que ce que l’on y voit. Par l’énonciation même de cet évènement sur une affiche, ce dernier se met à exister et le rôle de ce rectangle de papier n’est plus alors de nous vanter les mérites de quelque chose qui lui serait autre mais bien de se tourner vers lui-même, d’exister en tant qu’affiche. L’affiche devient le support de l’œuvre, l’œuvre elle-même, tout en en proposant un système d’exposition.

C’est cette valeur d’exposition qui fait de l’affiche un médium dont les artistes s’emparent comme ils s’emparent d’ailleurs d’autres types de publications : un espace libre et qui circule, une œuvre qui évolue librement dans la rue et dont le support permet parallèlement une existence dans des cadres de monstration plus classiques. Ainsi l’affiche permet de faire exister la pièce et dans cette existence réside ses possibilités d’exposition, cette dernière n’arrivant pas postérieurement à l’œuvre comme cela est d’habitude le cas mais faisant totalement partie d’elle.

Chez Claude Closky ou chez Jean Degottex les œuvres font appel à différentes facettes de l’histoire de l’affichage public. D’un côté nous avons des slogans publicitaires détournés et de l’autre des affiches créées au cours des événements de mai 68. Les deux révèlent leur part de militantisme tout d’abord dans leur existence même en tant qu’objets affichés : elles diffusent un message à portée politique, puisque public. Même si l’une le fait par un détour humoristique (Claude Closky, imprimée et éditée par Alain Buyse1), on voit que toutes font appel aux codes historiques de l’affiche : phrases simples, sous forme de slogans, le texte prend le devant sur le reste et les formes séductrices nous invitent à le lire d’abord, puis à analyser l’image qu’il produit uniquement  dans un second temps. Le langage dispensé par ses affiches devenant militant également dans le fait qu’il ne communique pas d’information précise.

Lorsque l’œil s’attarde sur Learn to desire, affiche réalisée par John Baldessari, éditée et imprimée par Alain Buyse, l’habitude des slogans publicitaires revient en mémoire mais celui-ci propose un apprentissage du désir, comme une forme de liberté  personnelle qui viendrait à l’encontre de ce que l’affichage public tend à nous proposer par ailleurs. Les codes simples : la phrase courte et des couleurs primaires, viennent souligner le caractère faussement publicitaire de cette affiche et la lecture du texte déjoue nos a priori visuels sur le statut de cet objet. La phrase n’est plus seulement utile, elle ne dispense pas de savoir, elle vient proposer des interprétations. Ainsi l’espace public, d’habitude réservé à des formes de communications utilitaires, se voit enrichi de phrases et de mots libres, improductifs, et inutiles.

L.Z, février 2020

1https://www.centredelagravure.be/fr/exhibitions/264-les-affiches-art

 

 

QUELQUES CARTES POSTALES

¬ 17 janvier – 14 février 2020

Photo : exposition 1er rang "quelques cartes postales"

Joseph Beuys, Raphael Boccanfuso, Simone Borghi, Claude Closky, Simon Cutts, herman de vries, Ian Hamilton Finlay, Samuel François, Thomas Geiser, Katharina Höglinger, David Horvitz, Edmund Kuppel, Mehryl Levisse, Maria Maesser, Julien Nédelec, Dan Perjovschi, Joan  Rabascall, Hans Schabus, Eric Tabuchi, Erica Van Horn, Ben Vautier, Robin Waart.

Au Centre des livres d’artistes (Cdla) de Saint-Yrieix-la-Perche, les cartes postales ne sont pas affichées sur le réfrigérateur. C’est logique, ce dernier se trouve dans une petite pièce encastrée dans un mur et fermée par une double porte.
Certaines sont sur l’étagère derrière le bureau de Didier Mathieu, directeur du centre, d’autres sont posées sur les autres bureaux en attendant d’être déplacées, d’autres encore se trouvent dans la libraire, au fond du bâtiment, sur des présentoirs, attendant d’être prises en main.
On en trouve par ailleurs des centaines encore, rangées, classées dans les nombreux placard à archives qui contiennent l’essentiel de la collection du Cdla.

Certaines n’ont jamais été rédigées et ne le seront probablement jamais, certaines contiennent sur leur verso des mots affectueux et intimes alors que d’autres n’y offrent que des informations relatives à tel ou tel vernissage. Certaines arrivent accompagnées d’autres cartes formant une  série tandis que d’autres se trouvent plus solitaires.
Dans des enveloppes, dans des papiers pliés, dans des pochettes en plastique, en carton, leur mode de transport et de conservation étant presque toujours différent.

On peut imaginer, en parcourant cette collection de cartes postales, que certaines furent reçues par le Cdla, que d’autres furent achetées, neuves ou d’occasion, que certaines proviennent de dons.

On soupçonne que le système habituel de la carte postale se modifie alors : elles ne possèdent plus nécessairement un verso à remplir et un recto comportant une photographie. Elles sont des réflexions parfois sur ce qu’est une carte postale en soi, sur son lien avec l’intime, avec la correspondance, elles viennent proposer des nouveaux modes d’existence de cet objet quotidien.
La carte postale fait partie de ce qu’on appelle couramment les éphéméras, publications à caractère éphémère, dispersées dans notre quotidien : prospectus, cartes de visites, tickets, …

Elle porte en elle une double vie : celle d’un objet destiné à un public amateur d’art, et celle d’un objet que les amateurs d’art pourraient , après l’avoir acquis, envoyer à leurs proches.

Les artistes présents dans cette exposition se sont emparés de cet objet de différentes manières : ainsi nous pouvons voir les cartes postales de la biennale de Bregenz en 2016 ou une même image devient le support d’interprétations et d’œuvres différentes, les cartes postales de David
Horvitz qui, elles, retracent séquence après séquence une action menée par l’artiste sur le terrain de golf de Donald Trump en 2018. L’artiste s’y est introduit trois nuits durant et l’a traversé de long en large en y semant des graines de palmiers, arbre dont l’image rappelle Los Angeles   mais qui est en fait une espèce originaire du nord du Mexique1.

Au sein de la revue POST2 les cartes deviennent des œuvres que l’on reçoit à domicile après abonnement et qui toutes sont des cartes blanches données aux artistes. Chez Simon Cutts, la consigne poétique inscrite à même l’objet vient nous indiquer comment agir sur la carte postale et témoigner par là-même du fait que cette dernière perd son usage d’objet de correspondance pour devenir une forme nouvelle réfléchie par l’artiste.

L.Z, janvier 2020

1https://shop.yvon-lambert.com/products/david-horvitz-a-walk-at-duskwashington-robusta-mexican-fan-palm-postcards
2https://www.expose-e-s.com/post

 

 

FUTURA : extensions

¬ 6 décembre – 17 janvier 2020

Photo : exposition 1er rangThomas A. Clark, Carlo Belloli, Arthur Debert, Augusto De Campos, herman de vries, Pierre Di Scullio, Robert Filliou, Thomas Geiger, Ian Hamilton Finlay, Edward Lucie Smith, Stuart Mills, Aram Saroyan, Peter Schmidt, Carola Uelkhen, Eric Watier, Elsa Werth, Emmett Williams.

Lancée en 1965 par Hansjörg Mayer (artiste et éditeur), futura est une revue qui se présente sous forme d’affiche lorsqu’elle est dépliée et qui se compose une fois refermée de 8 volets. Ce format adaptable à différentes formes d’exposition a pu permettre à de nombreux artistes liés de près ou de loin à la poésie concrète d’y trouver une certaine liberté. On retrouve dans les plis Ian Hamilton Finlay, Augusto De Campos1, Emmett Williams, herman de vries, Peter Schmidt ou encore Robert Filliou qui chacun s’approprient l’espace de la feuille et le transforme. Ainsi  futura proposera, au long de sa courte existence des contenus relativement hétéroclites, produits par des artistes uniquement contraints par le format et l’utilisation de la police futura, créée par Paul Renner entre 1924 et 1927. Entre 1965 et 1968 la revue comprendra 26 numéros imprimés à Stuttgart.

Le pliage du papier formant plusieurs zones, leurs poèmes vont se distribuer sur la page de différentes manières tout en gardant à l’esprit que la feuille peut être dépliée. Ainsi apparaissent des formes de poèmes affiches que nous retrouvons dans cette exposition.
Autour de cette revue ont gravité de nombreux artistes et cette exposition présente également certaines de leurs productions extérieures à futura.

Nous y trouvons les variations autour du mot Sweetheart de Emmett Williams qui nous en offre de nombreux anagrammes et propose ainsi sur la page une multitude de jeux de langages et de réinterpréation de ce qui s’annonçait simplement comme le titre de l’ouvrage. Nous pouvons aussi retrouver des variations sur la lettre même à travers les Exercise X de Ian Hamilton Finlay dans lesquels la lettre X se prête à diverses lectures et vient révéler de multiples sens.

La poésie concrète se prête particulièrement à tous ces expérimentations sur la composition de la page et du texte en tant que forme puisqu’on y retrouve régulièrement des variations sur la typographie, des éléments du langage qui deviennent figuratifs et qui dessinent sur les pages des formes venant souligner le sens du texte. Si nous prenons Crickets de Aram Saroyan, le jeu visuel produit par les caractères vient directement nous rappeler le son rythmé des grillons et c’est dans cette double lecture que le poème prend tout son sens. Paru dans Concrete Poetry Britain Canada United States, sorte de recueil de productions poétiques concrètes, édité également par Handsjörg Mayer, le poème est disposé dans un carré blanc de 48 cm sur 48 cm.

Ainsi cette forme de poésie est directement liée à son apparition sur la page et aux jeux formels qui y sont associés. La création d’un espace blanc à investir est une manière de donner à voir ces poèmes et leur place dans des revues en autorise la diffusion facile.

Ce mode de fonctionnement est notamment celui du journal Kontakt, initié par Alex Chevalier : « Kontakt est un journal libre et gratuit dont la motivation principale est d’offrir un espace d’expression libre et de créer une zone de contact possible entre une personnalité invitée et le lecteur. Kontakt est une plateforme, un support pour y diffuser des idées, des textes, des images… Chaque numéro est entièrement réalisé par un invité différent, qui est alors libre de répondre à l’invitation comme il le souhaite. Basé sur un principe de copyleft, Kontakt peut être photocopié et distribué par qui le souhaite2 ».
C’est également le principe de la Fondation A43, revue créée par Christine Demias qui là aussi propose à des artistes d’investir une page au format A4 de manière libre et autorise la diffusion gratuite de celle-ci.

L’utilisation des outils de production domestique comme l’imprimante de bureau est indissociable des modes de diffusion de ces revues : elle permet de sortir des systèmes habituels de propagation et offre aux lecteurs et aux lectrices la possibilité de posséder gratuitement ces productions.

L.Z, décembre 2019

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1https://www.franceculture.fr/emissions/la-poesie-nest-pas-une-solution/augusto-de-campos-bresil – Une émission de Frank Smith pour France Culture, Août 2012.
2http://kontakt-journal.blogspot.com/
3https://a4multiplieparx.site/

 

 

SIGNES

¬ 15 novembre – 6 décembre 2019

Photo : exposition 1er rang

Jérémie Bennequin, Raphael Boccanfuso, Armelle Caron, Claude Closky, Simon Cutts, Amélie Dubois, Enrico Floriddia, Hélène Garcia, Nicolas Geiser, General Idea, Paul-Armand Gette, Jean-Marie Krauth, Guto Lacaz, Sol Lewitt, Valérie Mréjen, Daniel Olson, Tony Rickaby, Amanda Riffo, Yann Sérandour, Taroop & Glabel, Madeleine Walton, Elsa Werth.

« Le plan est un schéma, une abstraction de la ville, un système de représentation mais c’est aussi tout simplement un dessin, que j’aime à prendre comme tel. 1»

Voici ce que disait Armelle Caron en 2014 dans un entretien avec Thomas Lapointe pour la revue ENTRE. Si son affiche représentant un monde parfaitement rangé débute cette nouvelle exposition c’est que s’y déploie une forme de décalage, de détournement. La carte géographique devient un ensemble de dessins, de formes graphiques, qui sont détachées de leur fonction première et deviennent indépendantes de leur usage habituel.  Ainsi la carte perd son caractère informatif et le rapport que le spectateur entretient avec elle s’en voit changé.

Si l’on s’attarde sur des œuvres telles que Mon père de Claude Closky, qui joue avec les codes de la publicité, ou si l’on regarde ORIGINAL SOLDÉ d’Elsa Werth qui fabrique des poèmes avec des tampons administratifs, nous pouvons déceler le même élan.

Défaire les systèmes pour essayer d’y trouver une ardeur nouvelle devient alors un jeu.

Le monde est en effet composé de différents systèmes de représentation et de différents codes qu’il est possible de déjouer, de déchiffrer, de réaménager.
Ranger le monde comme le fait Armelle Caron reviendrait alors à le déranger, à en défaire une partie.
Les cartes géographiques, l’alphabet, le système de numérotation, le langage administratif, le code de la route ou encore les images publicitaires, les cartes postales touristiques et les articles de journaux sont autant de méthodologies précises.

Ces éléments, si on venait à les modifier, pourraient alors donner lieu à de nouvelles expérimentations qui en détourneraient les usages.
La lettre pourrait devenir une forme, les numéros pourraient être organisés dans un nouvel ordre, les pays pourraient être différemment agencés et de nouveaux systèmes de rangements émergeraient, qu’il faudrait alors venir perturber à nouveau, et ce à l’infini.

L.Z, novembre 2019

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1 Armelle Caron, “Je ne cherche pas à poétiser le monde, il s’en charge lui-même” propos recueillis par Thomas Lapointe pour la revue ENTRE, disponible sur : http://revue-entre.art/portfolio/entretien-armelle-caron/

 

David Horvitz, Robert Lax : Gardiens de phare

¬ 25 Octobre – 15 Novembre 2019

Photo : exposition 1er rang

Robert Lax est un poète américain dont l’œuvre prend forme presque tout au long du vingtième siècle. Son travail d’écriture porte en lui un grand attachement à faire du langage une chose qui raconte. Il le réduira à sa présence minimale, au simple mot parfois, pour le laisser dire à travers le signe tout ce qu’il peut englober du Monde. Ce qui apparaît de manière la plus flagrante dans la poésie de Robert Lax est son rapport simple à son environnement et à ce qui l’entoure. A la lecture de ses divers poèmes, on observe dans sa pratique textuelle un désir de remettre la simplicité au cœur de la langue.
Robert Lax était un poète solitaire, menant une vie presque ascétique, reclus assez tôt en Grèce, à Patmos, fréquentant des moines trappistes, étant depuis de longues années très religieux, pratiquant la méditation quotidiennement.
Ses écrits renvoient, dans la forme et dans l’utilisation très frugale de la langue, à son mode de vie d’ermite-écrivain. En effet, ils sont comme des détails de son quotidien qu’il narre dans une retenue mesurée, comme si la puissance de leur existence à l’écrit suffisait au lecteur pour comprendre tous les sens qui y sont compris.
Certains textes sont composés d’un ou de deux mots que l’auteur répète, ligne après ligne, et ces répétitions tracent, sur le papier, des colonnes. Cette simplicité de la forme est une volonté d’épure, de pause dans le temps.
On lit, river, et on le lit dix fois, le mot s’impose. En bas de la longue colonne, on le pense : river. Il reste en tête et se répète jusqu’à ce qu’il s’y dessine.
Le premier est un rivage, le deuxième les fleuves où les eaux se jettent, le troisième est un caillou mousseux et humide, au total la rivière est déclinée, elle est imaginée et compilée dans sa présence graphique : le mot, river. Il se suffit à lui même.
Une pratique méditative de l’écriture, la répétition comme une manière d’amener dans la lecture une sérénité, une approche confidentielle.
Et d’un coup, un changement de mot qui s’opère et qui vient délivrer tous les sens qui y sont emprisonnés dans un nouveau rythme qui s’impose.
La simplicité présente dans les textes du poète nous renvoie à notre quotidien et à notre vision d’un monde actuel absorbé par la vitesse, la productivité, la surproduction de signes. Robert Lax s’y insère par le texte mais se  place, lui, en observateur extérieur, il distille au fil du vingtième siècle une poésie à contre courant, une poésie de l’instant, du peu. Il est dans une forme de repos de l’écriture, elle est non-informative, elle est réduite à son essentiel.
Il n’est plus question de broder avec les mots pour obtenir des locutions vides de sens, mais au contraire de découdre la langue pour en sortir la trame d’origine, le minimum, ce qui est en fait son essentiel. C’est sur ces divers points que son travail peut être relié à celui de David Horvitz, artiste contemporain. Ce dernier explore principalement la photographie et la publication. Dans son œuvre se dévoile quelque chose du secret, de subtil. En effet, dans When the ocean sounds ou encore dans Untitled (sand mailed by the artist’s mother from California), il propose au public de s’infiltrer dans des observations quotidiennes. Nous suivons alors ces déplacements au fur et à mesure que des mystères intimes se dévoilent.
Le bruit que font les vagues là ou il se promène, la plage sur laquelle sa mère ramasse du sable chaque jour pour lui envoyer par la poste, …
Ainsi voit on apparaître comme chez Robert Lax une poétique de l’instant, une pensée confidentielle, qu’il partage pourtant. Une pause contemplative au milieu d’un océan d’informations.
Pour Yesterday, David Horvitz poste chaque jour aux différents abonnés à travers le monde une photo du ciel sous lequel il se trouvait la veille de l’envoi. Ainsi se forme une carte de ses déplacements, une carte aux différentes nuances de bleu et de blanc, relativement mystérieuse, chaque photo ne comportant qu’une date et un lieu.
Le résumé d’un moment vécu par quelqu’un d’autre, de l’autre côté du monde, qui nous arrive comme une forme de confidence.

David Horvitz / Robert Lax : Gardiens de phare.
Autant de signaux lancés à chaque nouvelle ondulation de l’horizon.
L.Z, octobre 2019

  • David Horvitz
    http://www.davidhorvitz.com
  • David Horvitz
    https://www.printedmatter.org/catalog/tables/660
  • Robert Lax, catalogue de l’exposition
    « Three Islands » : Musée Tinguely, Bâle ; Benteli Publishers, Berne, 2004.
  • Nicolas Humbert et Werner Penzel
    Why should I buy a bed when the only thing I need is sleep ? A chamber film with Robert Lax.
    https://www.youtube.com/watch?v=yTq-l26UOhw
  • Robert Lax Poèmes & Journal, traduction : Vincent Barras, Genève, Héros-Limite, 2011

 

Premier rang, premier degré, premiers de la classe

¬ 26 Septembre- 25 Octobre 2019

Marinus Boezem, André Cadère, Claude Closky, Les Coleman, Gérard Collin-Thiébaut, Simon Cutts, Céline Duval, Robert Filliou, Nicolas Geiser, David Horvitz, Lo-Renzo, Alexandra Mir, Gianni Motti, Julien Nédélec, Yoko Ono, Cesare Pietroiusti, Andreas Schmidt, David Shrigley, Eric Tabuchi, Jiri Valoch, Erica Van Horn, Ben Vautier, Eric Watier

Photo : visuel exposition "1er rang" - octobre 2019

Le premier rang est le meilleur endroit pour garder les élèves perturbateurs bien à l’œil.
Ces livres, affiches, cartes postales et autres supports d’impressions ne sont ni tout à fait drôles ni tout à fait sérieux. Puisqu’il suffit d’un pli pour faire un livre, tout est possible. Puisque le monde existe pour devenir une carte postale, tout est éditable. On pourrait faire des livres avec tout et surtout avec pas grand chose. C’est ce qui nous est présenté dans cette exposition: des publications d’artistes qui s’attachent à respecter des systèmes absurdes ou à mettre en avant des jeux de mots potaches. Des cartes postales moqueuses et des propositions au premier degré.
Derrière ces plaisanteries se cachent toujours la critique, la tristesse et le défaitisme.
Rire devient alors une forme de libération, tout comme publier peut l’être. Lier les deux c’est voir dans la publication et dans ses discrètes et nombreuses formes une possibilité de souffler, de faire du mauvais esprit sans conséquence, d’entrevoir des potentialités humoristiques dans les plus tristes éléments quotidiens. C’est prendre le livre d’artiste et autres ephemeras comme des objets de lutte par l’absurde. Cette première proposition de l’année souhaiterait très sérieusement lutter contre le sérieux.
L.Z, septembre 2019

 

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Commissariat des expositions pour l’année 2019-2020 : Louis Zerathe.
Partenaires institutionnels du projet : Direction régionale des affaires culturelles de Nouvelle Aquitaine ; Région Nouvelle Aquitaine.


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