Photo : exposition 1er rang

Expositions « 1er rang »

Construit conjointement par l’École nationale supérieure d’art de Limoges et le Centre des livres d’artistes, dans le cadre de l’Atelier Recherche Création – ARC « Publications d’artistes et Intermedia, canal historique », « Premier Rang » est un dispositif d’exposition installé depuis janvier 2018 dans l’amphithéâtre de l’Ensa.

La programmation des expositions de l’année 2019-20 est assurée par Louis Zerathe étudiant en cinquième année « art ».
Au moment de l’installation de chaque exposition, une visite commentée, menée par Louis Zerathe, est organisée pour un groupe d’étudiants de première année.

 

David Horvitz, Robert Lax : Gardiens de phare

25 Octobre – 15 Novembre 2019

Robert Lax est un poète américain dont l’œuvre prend forme presque tout au long du vingtième siècle. Son travail d’écriture porte en lui un grand attachement à faire du langage une chose qui raconte. Il le réduira à sa présence minimale, au simple mot parfois, pour le laisser dire à travers le signe tout ce qu’il peut englober du Monde. Ce qui apparaît de manière la plus flagrante dans la poésie de Robert Lax est son rapport simple à son environnement et à ce qui l’entoure. A la lecture de ses divers poèmes, on observe dans sa pratique textuelle un désir de remettre la simplicité au cœur de la langue.
Robert Lax était un poète solitaire, menant une vie presque ascétique, reclus assez tôt en Grèce, à Patmos, fréquentant des moines trappistes, étant depuis de longues années très religieux, pratiquant la méditation quotidiennement.
Ses écrits renvoient, dans la forme et dans l’utilisation très frugale de la langue, à son mode de vie d’ermite-écrivain. En effet, ils sont comme des détails de son quotidien qu’il narre dans une retenue mesurée, comme si la puissance de leur existence à l’écrit suffisait au lecteur pour comprendre tous les sens qui y sont compris.
Certains textes sont composés d’un ou de deux mots que l’auteur répète, ligne après ligne, et ces répétitions tracent, sur le papier, des colonnes. Cette simplicité de la forme est une volonté d’épure, de pause dans le temps.
On lit, river, et on le lit dix fois, le mot s’impose. En bas de la longue colonne, on le pense : river. Il reste en tête et se répète jusqu’à ce qu’il s’y dessine.
Le premier est un rivage, le deuxième les fleuves où les eaux se jettent, le troisième est un caillou mousseux et humide, au total la rivière est déclinée, elle est imaginée et compilée dans sa présence graphique : le mot, river. Il se suffit à lui même.
Une pratique méditative de l’écriture, la répétition comme une manière d’amener dans la lecture une sérénité, une approche confidentielle.
Et d’un coup, un changement de mot qui s’opère et qui vient délivrer tous les sens qui y sont emprisonnés dans un nouveau rythme qui s’impose.
La simplicité présente dans les textes du poète nous renvoie à notre quotidien et à notre vision d’un monde actuel absorbé par la vitesse, la productivité, la surproduction de signes. Robert Lax s’y insère par le texte mais se  place, lui, en observateur extérieur, il distille au fil du vingtième siècle une poésie à contre courant, une poésie de l’instant, du peu. Il est dans une forme de repos de l’écriture, elle est non-informative, elle est réduite à son essentiel.
Il n’est plus question de broder avec les mots pour obtenir des locutions vides de sens, mais au contraire de découdre la langue pour en sortir la trame d’origine, le minimum, ce qui est en fait son essentiel. C’est sur ces divers points que son travail peut être relié à celui de David Horvitz, artiste contemporain. Ce dernier explore principalement la photographie et la publication. Dans son œuvre se dévoile quelque chose du secret, de subtil. En effet, dans When the ocean sounds ou encore dans Untitled (sand mailed by the artist’s mother from California), il propose au public de s’infiltrer dans des observations quotidiennes. Nous suivons alors ces déplacements au fur et à mesure que des mystères intimes se dévoilent.
Le bruit que font les vagues là ou il se promène, la plage sur laquelle sa mère ramasse du sable chaque jour pour lui envoyer par la poste, …
Ainsi voit on apparaître comme chez Robert Lax une poétique de l’instant, une pensée confidentielle, qu’il partage pourtant. Une pause contemplative au milieu d’un océan d’informations.
Pour Yesterday, David Horvitz poste chaque jour aux différents abonnés à travers le monde une photo du ciel sous lequel il se trouvait la veille de l’envoi. Ainsi se forme une carte de ses déplacements, une carte aux différentes nuances de bleu et de blanc, relativement mystérieuse, chaque photo ne comportant qu’une date et un lieu.
Le résumé d’un moment vécu par quelqu’un d’autre, de l’autre côté du monde, qui nous arrive comme une forme de confidence.

David Horvitz / Robert Lax : Gardiens de phare.
Autant de signaux lancés à chaque nouvelle ondulation de l’horizon.
L.Z, octobre 2019

  • David Horvitz
    http://www.davidhorvitz.com
  • David Horvitz
    https://www.printedmatter.org/catalog/tables/660
  • Robert Lax, catalogue de l’exposition
    « Three Islands » : Musée Tinguely, Bâle ; Benteli Publishers, Berne, 2004.
  • Nicolas Humbert et Werner Penzel
    Why should I buy a bed when the only thing I need is sleep ? A chamber film with Robert Lax.
    https://www.youtube.com/watch?v=yTq-l26UOhw
  • Robert Lax Poèmes & Journal, traduction : Vincent Barras, Genève, Héros-Limite, 2011

 

Premier rang, premier degré, premiers de la classe

26 Septembre- 25 Octobre 2019

Marinus Boezem, André Cadère, Claude Closky, Les Coleman, Gérard Collin-Thiébaut, Simon Cutts, Céline Duval, Robert Filliou, Nicolas Geiser, David Horvitz, Lo-Renzo, Alexandra Mir, Gianni Motti, Julien Nédélec, Yoko Ono, Cesare Pietroiusti, Andreas Schmidt, David Shrigley, Eric Tabuchi, Jiri Valoch, Erica Van Horn, Ben Vautier, Eric Watier

Photo : visuel exposition "1er rang" - octobre 2019

Le premier rang est le meilleur endroit pour garder les élèves perturbateurs bien à l’œil.
Ces livres, affiches, cartes postales et autres supports d’impressions ne sont ni tout à fait drôles ni tout à fait sérieux. Puisqu’il suffit d’un pli pour faire un livre, tout est possible. Puisque le monde existe pour devenir une carte postale, tout est éditable. On pourrait faire des livres avec tout et surtout avec pas grand chose. C’est ce qui nous est présenté dans cette exposition: des publications d’artistes qui s’attachent à respecter des systèmes absurdes ou à mettre en avant des jeux de mots potaches. Des cartes postales moqueuses et des propositions au premier degré.
Derrière ces plaisanteries se cachent toujours la critique, la tristesse et le défaitisme.
Rire devient alors une forme de libération, tout comme publier peut l’être. Lier les deux c’est voir dans la publication et dans ses discrètes et nombreuses formes une possibilité de souffler, de faire du mauvais esprit sans conséquence, d’entrevoir des potentialités humoristiques dans les plus tristes éléments quotidiens. C’est prendre le livre d’artiste et autres ephemeras comme des objets de lutte par l’absurde. Cette première proposition de l’année souhaiterait très sérieusement lutter contre le sérieux.
L.Z, septembre 2019

 

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Commissariat des expositions pour l’année 2019-2020 : Louis Zerathe.
Partenaires institutionnels du projet : Direction régionale des affaires culturelles de Nouvelle Aquitaine ; Région Nouvelle Aquitaine.


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