Photo : Peinture Coline Gaulot - This is a love story - bouquet floral

Coline Gaulot

Après une licence de théâtre spécialisée dans la scénographie, ses recherches sur l’espace l’amènent à débuter l’École des Beaux arts en 2007. En 2010, elle intègre l’Université des arts de Fukuoka (Japon) où elle étudie la peinture traditionnelle japonaise et apprend à regarder sécher la  peinture. Elle définit la détermination et la patience qui lui permettent d’obtenir, en 2011, son diplôme japonais puis, de retour à Bordeaux en 2012, son Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique. Sa pratique trans-disciplinaire mêle aujourd’hui la performance, la peinture, l’écriture et l’installation.  Cette installation, à plusieurs temporalités, traverse différents espaces de création et de monstration.

Un détail pour vous

Coline Gaulot peint en 2012 les mains d’une femme. Une mince ficelle entrelace de part en part ses doigts muselés. On affirmait à Artémisia Lomi Gentileschi qu’il était peu probable qu’elle soit l’auteure de ses peintures. Pour lui faire avouer ses prétendus mensonges, on aurait torturé cette peintre italienne de l’école caravagesque.

Chacune des toiles de Coline Gaulot pourrait être l’incarnation d’une vérité ou d’une rencontre véritable et bouleversante entre l’artiste et les personnages qui entourent sa vie. Au centre de l’image, la peinture se déploie autour d’un seul motif : un objet, une nature morte, un signe. Si elle est concentrée sur un choix, la composition colorée n’est pas épurée. Les piscines, bouquets de fleurs ou feux d’artifice matérialisent une expérience, une relation entre deux personnes ou entre un objet et une personne. Comme au cinéma, les interactions se croisent et se succèdent au cours d’un film chorale où les personnages se frôlent sans se connaître.

Dans la série Brasiers, une tente rouge plantée dans la nuit rappelle une flamme qui nous guide et nous rassure. Pourtant, d’une seconde à l’autre, tout peut basculer et s’embraser. À la surface d’une autre toile, les couleurs des feux d’artifice scintillent dans l’opacité nocturne. Les images apparaissent par la couleur, davantage que par la composition. Des impressions fortes jaillissent, comme la vision première des pétales d’un bouquet d’iris fraîchement coupé. Ces instants suspendus s’effritent aussi vite que les touches brillantes des artificiers.

La quintessence de la recherche de Coline Gaulot s’incarne dans un rapport au temps arrêté, un moment de basculement, tel le bouquet flamboyant qui s’assèche déjà. En 2018, l’artiste rencontre des femmes qui lui racontent l’histoire de leur piscine. Elle retranscrit plus tard ce récit ordinaire sous la forme d’un décor réaliste. Les traits sont fidèles aux formes géométriques et ordonnées que l’on découvre parfois brillantes  et imperturbables dans la nuit. Personnifiées, les piscines adoptent le prénom de leur propriétaire et s’accompagnent d’un texte. En développant une pratique de l’écriture, Coline Gaulot manipule peu à peu les outils d’une frontière entre fiction et réalité. D’autres travaux font référence à des habitus : on se voit offrir un bouquet de fleur, on souffle les bougies d’un anniversaire… Pourtant, la figure humaine demeure invisible. Elle existe à travers l’évocation de récits fragmentés. Le temps long est révélé par l’usage de matières qui se cristallisent. L’artiste reconstitue en porcelaine un à un chaque gâteau visible sur ses photographies d’anniversaire. Les sculptures blanches figent un temps révolu, les membres de la famille disparaissent, les conversations et les voeux font place au portrait en creux du rituel. En accordant du temps à un détail qui passe inaperçu, Coline Gaulot épuise le souvenir intime et le retranscrit sous une forme universelle.

Élise Girardot / Août 2019

En savoir plus sur le travail de Coline Gaulot → portfolio

Le projet Joyeux A.

En septembre 2018, pour la première fois, Coline Gaulot envisage une œuvre en porcelaine. Habituellement, sa pratique est principalement liée à l’écriture et à la peinture. 

« Coline Gaulot est une coloriste.
Que ce soit dans la série de peintures Femmes-Piscine, avec une palette clair-obscur et un traitement de la lumière entre chien et loup, que dans l’ensemble, plus récent, Love Story où de grands bouquets vibrants et fluo envahissent l’espace ; la couleur domine le trait et enchante la toile. Dans ces deux projets, il s’agit de portraits en creux de femmes, connues ou inconnues, aux prénoms universels qui évoquent à tous des images, des instants de vie comme « Je voulais t’acheter du mimosa mais je n’en ai pas trouvé ». Un entre-deux sentimental et éphémère.
Dans son dernier projet, l’artiste se retourne et se centre, a priori, sur elle. A priori seulement. Pour cette œuvre multiple, elle s’est penchée sur des photos de famille, les siennes. Des moments qui évoquent, à tous ceux qui les ont connus, une nostalgie, une joie et une certaine
idée de « paradis perdu ». L’enfance et les anniversaires, la fête, les gâteaux et les bougies. Les amis et la famille. L’odeur de la cire et des bonbons. L’effervescence générale qui cache parfois le linge sale, ce qui a été et qui n’est plus. Ces passages qui marquent le temps et restent dans
les mémoires. »
On a fait un grand feu, extrait du texte d’Émilie Flory

Ma recherche sur le kairos m’amène donc à choisir de travailler sur les anniversaires. Le 17 Août, lors de l’anniversaire de mon frère, je découvre la puissance révélatrice et commémorative qu’arbore cette célébration de l’anniversaire dont le gâteau devient le symbole. Je me suis mis en quête d’images, j’ai retrouvé des photographies de mon enfance, de mon adolescence, de mes propres gâteaux d’anniversaire. J’ai recréé des dessins de ces gâteaux et je les ai réinvestis en porcelaine. Cette technique m’est apparue évidente dans ce projet car elle permet une préciosité visuelle et une cristallisation physique de la matière. Ces deux termes (préciosité et cristallisation) sont essentiels dans la définition de l’instant comme marqueur temporel. 
Coline Gaulot

La résidence d’artiste de Coline Gaulot autour du projet Joyeux A.

Du 1er juin au 30 novembre 2019, Coline Gaulot était en résidence à l’ENSA Limoges et à La Métive.

Le projet Joyeux A est un projet multiforme qui a trouvé sa racine dans la résidence MashDesignFrance. Remarqué par le musée du Four des Casseaux, il est ensuite soutenu par cette structure pour continuer son projet dans le cadre de cette résidence.

Photo : porcelaine installation Joyeux A.

Rencontre avec Coline Gaulot autour de son projet « Joyeux A. »

Le mardi 19 novembre 2019, Coline Gaulot nous a proposé une rencontre, l’occasion pour elle de revenir sur la création du projet Joyeux A. qu’elle a mené à l’ENSA Limoges de juin à novembre 2019.

Les différents acteurs du projet étaient présents :

→ Voir ou revoir la conférence :

  

Installation de Joyeux A.

Les 28 porcelaines sont présentées au musée du Four des Casseaux, 1 rue Victor Duruy à Limoges
→ du 23 novembre 2019 au 7 mars 2020 → Vernissage le samedi 23 novembre à midi.

Le projet Joyeux A est un projet multiforme qui a trouvé sa racine dans la résidence MashDesignFrance. Remarqué par le musée du Four des Casseaux, il est ensuite soutenu par cette structure ainsi que par une résidence à l’ENSA dans l’atelier porcelaine. Parallèlement à la fabrication des premières pièces, La Métive accueille Coline Gaulot pour continuer ses recherches sur l’anniversaire et l’utilisation des images photographiques qui est à l’origine des sculptures. Dessin, Textes, performance, collaboration photographique ou pâtissière, ce projet devient arborescent.

Divers autres rendez-vous sont à prévoir en 2020 :

  • Samedi 2 mai 2020 : performance Hiro Nakamura, Pipper Halliwell et mon anniversaire – Birthday Party 2 à La Métive.
  • En septembre 2020 : présentation du projet global à La Métive. 

 Ce projet est soutenu par le ministère de la Culture – DRAC Nouvelle Aquitaine, l’ENSA Limoges, l’EBABX, l’association Alumni, le Musée du Four des Casseaux, La Métive, MashDesignFrance.

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Crédit photos : Claire Baudou 

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