Illustration : capture d'écran Adobe Bridge

ARC Dépeçage

L’ARC Dépeçage est à l’attention des étudiants en 3e, 4e et 5e année, il est encadré par les enseignants de l’ENSA Limoges :

  • Patrick Audevard, atelier décor petit feu
  • Mylène Brach-Jeulain, atelier céramique
  • Jonathan Bass, enseignant traducteur en histoire de l’art et de l’architecture, anglais
  • Pierre-Emmanuel Meunier, design graphique
  • Guy Meynard, design céramique

L’ARC en 2019-2020

Dépeçage, Rip it up, f*** it up, simultanément un intitulé, un champ d’investigation, une méthodologie aux multiples entrées, dont la chimie moléculaire, la science des matériaux fonctionnels ou pas. Une première période de lancement nous a permis d’ouvrir certaines pistes de recherche que nous souhaitons poursuivre en profondeur. D’abord, le dépeçage proprement dit, un pont jeté entre le vivant et le minéral, implique un processus de morcellement, de l’émiettement progressif que nous avons appliqué littéralement en développant de nouveaux matériaux dérivés à partir du broyage d’espèces végétales poussant localement. Les pommes de pin, par exemple, notamment celles du Cèdre de l’Himalaya, un arbre ornemental répandu dans les parcs et jardins européens, permettent d’obtenir non seulement des plaques de bois reconstitué de textures variables, mais aussi ont nourri le développement de mousses céramiques aux propriétés d’absorption accrue par capillarité. Nous souhaiterions amener ces porcelaines alvéolaires vers des structures proches de celle des os humains, vers des matières non submersibles et vers des supports propices à l’établissement de colonies de moisissures par exemple. Un projet de dallage pour des bordures de quai de gare, étudie actuellement les moyens d’incorporer des colonies vivantes de champignons qui changeraient de couleur en fonction de l’éclairage modifié à chaque ouverture des portes d’une rame de métro.

Un volet de notre projet de recherche autour du dépeçage s’insère à toutes les étapes, de la conception à la monstration des idées. Il s’agit de l’aspect numérisation et modelage des formes. Nous le concevons non seulement comme un outil de compréhension, mais également comme une épice pour stimuler la créativité artistique. À cette fin, nous avons sollicité des collaborations avec ENSCI Paris autour des questions de la programmation générative en temps réel et de la conception et fabrication assistées par ordinateur. En mars 2019 nous avons présenté nos projets à la conférence internationale de la SAR (Society for Artistic Research) à la Zurich University of the Arts (ZHdK) créant ainsi des discussions et des partenariats potentiels.

Objectifs :

La reconstitution de matières broyées est intimement liée à une autre idée fixe, celle des colles, de préférence naturelles et réversibles. Ici, l’amorce de notre recherche jusqu’ici se porte sur les colles à base de protéines lactées, mais d’autres pistes s’offrent à notre regard. Les idées de Joseph Chiodo sur le désassemblage actif représentent un autre volet majeur de notre projet. La complexité croissante d’objets manufacturés aujourd’hui constitue un frein sérieux à toutes les bonnes volontés de recyclage. Nous souhaitons poursuivre la piste des colles réversibles en l’accompagnant d’une réflexion sur des alliages et composites à mémoire de forme, des céramiques souples, les bio-composants programmables, les thermoplastiques – autrement dit, l’arsenal d’armes disponibles pour faciliter la séparation de matières nombreuses entrant dans la fabrication d’objets afin de mieux les recycler. Les retombées de ce volet de recherche sont non-négligeables. Il faudrait ré-imaginer les étapes de création d’objets ordinaires et intégrer, dès leur conception, une possible future fin de vie. Ceci induit un changement radical d’approche et peut-être de formes aussi – un nouveau design, un nouvel art «auto-destructif» et «auto-recyclant».
Notre volonté de partenariat avec l’entreprise Legrand est un premier pas dans cette direction, une tentative d’imaginer de nouvelles façons à démonter ou assembler des appareillages électriques. Cependant, les possibilités dépassent largement le domaine du design. On pourrait utiliser de telles techniques en art aussi ; peut-être à l’instar des Vandales dans Némésis, le roman de Paul Bourget, où ceux-ci dépècent une statue volée pour mieux la transporter. Voir aussi Douglas Gordon et son art composite, multipartite.

 

L’ARC en 2018-2019

Dépeçage, Rip it up, f*ck it up.

Restitution de l’ARC en mai 2019 :

Notre titre est à la fois un sujet, un champ d’investigation, une approche, une attitude, une méthodologie aux multiples entrées, croisant allègrement art, design et science, abordant aussi bien la chimie moléculaire ou l’analyse et l’invention de matériaux, la métaphysique, le cinéma et l’écologie…

L’arc Dépeçage a pris son envol par voie des désagrégations suivies de reconstructions inventives. Un pont jeté entre le vivant et le minéral, le dépeçage induit un processus de morcellement, de l’émiettement progressif que nous avons acté littéralement en développant de nouveaux matériaux dérivés du broyage de plantes, champignons et d’autres ressources naturelles provenant du parc autour de l’école.

D’autres pistes s’offrent à notre regard. Comment déjouer la complexité d’objets manufacturés qui rendent de plus en plus difficile la séparation de composants recyclables ? Les dépecer en un instant par une impulsion électrique ou l’application d’un champ magnétique sont deux des solutions proposées par le Docteur Joseph Chiodo selon son principe de désassemblage actif qui tire profit de tout un arsenal de biopolymères, métaux et résines à mémoire, thermoplastiques et matières intelligentes. Cela suppose un changement radical dans notre façon de concevoir ou fabriquer des objets parce qu’il faudrait intégrer dès le départ leur future fin de vie. Ce serait l’occasion d’inventer de nouvelles formes – un nouveau design « autodestructif » et « autorecyclant ».

À priori, l’arc Dépeçage est susceptible d’intéresser les designers, mais les possibilités dépassent largement ce seul domaine. On pourrait utiliser de telles techniques en art aussi, à l’instar des Vandales dans Némésis, le roman de Paul Bourget, où ceux-ci doivent dépecer une statue volée pour mieux la transporter. Alors, dépeçons le monde pour mieux le reconstruire.

 

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